Bavardages #6 : Une journée à Avignon

J’ai découvert les collections du musée Calvet et du musée Lapidaire d’Avignon, un jeudi caniculaire de juillet en solitaire. Les musées étaient presque déserts, alors qu’ils offrent une parenthèse de calme et de fraicheur qui est la bienvenue pendant le festival d’Avignon.

Ces musées font partie de la Fondation Calvet, institution créée par Napoléon Ier le 9 avril 1811 afin de pérenniser les collections et la pensée d’Esprit Calvet. Grand collectionneur, ce dernier voue sa vie aux arts et à la médecine et souhaite mettre ses collections à disposition du grand public pour qu’il accède à la connaissance. A sa mort en 1810, il lègue à la ville d’Avignon sa bibliothèque, son cabinet des médailles, son mobilier et ses objets d’arts, d’archéologie et d’histoire naturelle. Suivant les volontés de Calvet, la Fondation est une institution unique, indépendante, gérée par des huit hommes cultivés et reposant sur une autonomie financière garantie par un important patrimoine foncier de rapport. Ses collections sont ainsi sans cesse entretenues et enrichies depuis sa création.Le musée Calvet, musée des beaux-arts et d’archéologie d’Avignon possède des collections riches, couvrant une large période. Elles prennent place dans l’hôtel particulier Villeneuve-Martignan, acheté au début du XIXe siècle par la ville pour en faire un musée. Le charme de l’hôtel particulier est mis en valeur par un accrochage classique de beaux-arts auquel je suis toujours sensible.  Après quelques salles un peu sombres consacrées aux peintures flamandes, une belle galerie de sculptures accueille le visiteur, une pièce lumineuse qui donne sur la cour et le jardin du musée. Ce jour-là, des techniciens s’affairaient à l’extérieur pour installer une scène pour France Culture, troublant un peu le calme des lieux.J’apprécie beaucoup les collections, qui regorgent de curiosités telles que la sculpture en bois de Saint Longin à cheval, datant du XVIIIe siècle. Cette statue polychrome représente le soldat romain Saint Longin, qui perça le flanc de Jésus lors de la Crucifixion. Probablement issue d’un calvaire d’origine espagnole, cette sculpture fait partie du legs de Marcel Puech au musée en 1986. Trônant fièrement au milieu de la pièce, elle interpelle le visiteur par son réalisme, sa grandeur et sa polychromie. Vers qui était tourné son regard ?Une œuvre qui a également attiré mon attention lors de cette visite est le trompe-l’œil d’Antonio Forbera, œuvre originale représentant le chevalet d’un peintre orné d’une palette, quelques pinceaux, et différentes œuvres picturales. Malgré les apparences, tout est de la peinture à l’huile ! Un des tableaux représentés au sein de la composition est une copie inversée de Nicolas Poussin, l’Empire de Flore, facilement identifiable malgré des couleurs différentes et une touche volontairement maladroite. D’un superbe effet, ce trompe-l’œil témoigne de la virtuosité de ce peintre dont on ne sait rien ou presque. L’ajout de la représentation d’une palette usagée accrochée à un coin du chevalet et des pinceaux sur le rebord renforce l’illusion et la matérialité de l’œuvre.Plus loin, parmi les merveilles des collections XIXe est exposé un magnifique globe terrestre de Blaeu datant du XVIIe siècle. Il fait écho aux collections du musée Lapidaire, non loin de là. Dans l’église des Jésuites, cette annexe du musée Calvet présente les collections archéologiques de la Préhistoire à l’Antiquité paléo-chrétienne. Des oeuvres monumentales (relief votifs, sculptures en ronde bosse, stèles funéraires et inscriptions, sarcophages) y côtoient des objets de la vie quotidienne (vases  à figures rouges, terres cuites). Le musée accueille également des expositions temporaires (en juillet, il s’agissait d’une exposition de peinture contemporaine).

Sous le charme de ces deux visites, j’ai décidé de clore mon parcours à la Collection Lambert, dont on m’avait souvent fait des éloges. Si les précédents musées étaient déserts et silencieux, offrant une agréable pause contemplative, la Collection Lambert était tout le contraire et fait écho au bouillonnement festivalier. La file d’attente pour la billetterie (6€ en tarif réduit, alors que tous les musées de la ville d’Avignon sont gratuits) s’étend jusqu’à la cour, il y a du monde partout.

Musée d’art contemporain fondé par le collectionneur Yvon Lambert qui en a fait don à l’État, la Collection Lambert rassemble des oeuvres majeures de la seconde moitié du XXe siècle et de la première moitié du XXIe siècle. Pour accueillir cet ensemble exceptionnel, la ville d’Avignon met à disposition deux magnifiques hôtels particuliers du XVIIIe siècle, les hôtels de Caumont et de Montfaucon. Réalisés à l’origine par Jean-Baptiste Franque, ils ont été réaménagés spécialement par Rudy Ricciotti et les frères Cyrille et Laurent Berger pour répondre aux besoins du nouveau musée.

L’art minimal, l’art conceptuel et le land art sont au coeur de cette collection. On y trouve des artistes de renommée internationale, tels Jean-Michel Basquiat, Sol LeWitt, Robert Ryman, Lawrence Weiner, Nan Goldin, Christian Boltanski, Daniel Buren, Douglas Gordon, Anselm Kiefer, Cy Twombly pour ne citer qu’eux. Le point fort de la collection est, selon moi, ses grandes installations immersives, qui sont non seulement très instagrammables, mais surtout originales dans le paysage artistique d’Avignon. Personnellement, j’aime beaucoup l’artiste américain Sol Lewitt et j’étais très contente de voir ses gigantesques oeuvres murales colorées. J’ai été beaucoup plus hermétique au reste, peut-être qu’une seconde visite hors festival serait bénéfique pour apprécier le lieu à sa juste valeur.


Mon coup de coeur de cette journée va au musée Calvet. La ville d’Avignon est exceptionnelle par la quantité et la qualité de ses institutions culturelles. J’avais déjà eu l’occasion de visiter le Palais des Papes et le musée Angladon il y a quelques années, mais il ne faut pas oublier le Petit Palais, le Palais du Roure, le musée Requien et le musée Louis Vouland. Difficile de tout faire en une journée ! Mon programme pour la prochaine fois est déjà tout fait. 

Titulaire d’un master en histoire de l’art contemporain à l'Université d'Aix-Marseille, je me spécialise dans la période XIXe - XXe siècle et dans les arts en Méditerranée.

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